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Boneshaker : escale en territoire steampunk

UCHRONIE STEAMPUNK — Premier tome d’une série de livres particulièrement ambitieuse, Boneshaker inaugure Le Siècle mécanique, et est à la fois une uchronie, un roman steampunk et une histoire de zombies. Si on a tendance à être méfiant face aux romans qui cumulent ainsi les genres (peu le font avec bonheur), Boneshaker arrivait dans ma pile à lire auréolé par de nombreuses critiques positives, et un prix Locus. En somme, il avait tout pour plaire…

Boneshaker nous transporte dans une Amérique divisée, qui, en 1880, est encore aux prises avec la guerre de Sécession : en conséquence, les avancées technologiques sont particulièrement martiales, et vont dans un sens assez étonnant. C’est l’occasion pour Cherie Priest d’introduire l’élément steampunk dans son récit. Mais ces avancées technologiques entraînent parfois des catastrophes, comme le confinement de Seattle.

Prenant d’importantes libertés avec l’Histoire, comme elle l’écrit en postface, Cherie Priest avance de plusieurs années la ruée vers l’or du Klondike, faisant de Seattle une ville en plein essor, densément peuplée, et du forage des sols un enjeu important. C’est dans le cadre d’un concours ouvert aux inventeurs, destiné à produire une foreuse de haut niveau, qui pourrait mettre à jour les fameuses veines d’or du Klondike, enfouies sous la glace, que Leviticus Blue met au point le Boneshaker. Mais la machine, devenue infernale, échappe à son concepteur et détruit le sous-sol de Seattle. Première conséquence : les fondations de la ville sont sapées, des rues s’effondrent, des gens meurent à tour de bras. Deuxième conséquence : le forage libère un gaz souterrain, appelé le Fléau, qui s’avère létal. Troisième conséquence : non seulement les victimes du Fléau meurent, mais en plus, elles se relèvent, et essaient de becqueter les survivants. Quatrième conséquence : branle-bas de combat dans la région : on s’empresse d’ériger un mur protecteur autour des ruines de Seattle, pour empêcher Fléau et zombies de déferler sur le monde.

Boneshaker, Cherie Priest, le livre de poche, Le Siècle mécanique

C’était il y a une quinzaine d’années. Du passé, presque. Sauf pour Briar, veuve de Leviticus Blue, dont le fils adolescent a décidé de s’introduire dans Seattle afin de mieux comprendre ce père qu’il n’a pas connu… À Briar, donc, de partir sur les traces de son fils dans une ville dévastée, plombée par un gaz mortel, et envahie par les zombies.

De l’action à tire-larigot avec dégommage de zombies à la clef, une esthétique steampunk indéniable et une quête identitaire dans une ville sinistrée : voilà ce que propose Boneshaker, premier volume sombre et étouffant. Il y a de très bonnes choses dans ce roman, qui nous propose une version alternative du Seattle de 1880 : on aime ce que Cherie Priest imagine pour cette ville, où, depuis seize ans, cohabitent des survivants endurcis, habitués au danger. Les rues saccagées, les maisons abandonnées depuis une décennie, et cette fameuse gare abandonnée transformée en luxueuse habitation sont admirablement décrites. Dans cet environnement hostile, survivre est une lutte au quotidien. Elle crée de fait une belle brochette de durs à cuire : quelques pirates de l’air, une tenancière de bar au bras mécanique, et un docteur aux allures de savant fou. Dommage cependant : on frôle de très, très près les clichés du genre. Le fameux docteur, génie du mal perpétuellement masqué, est trop stéréotypé pour vraiment effrayer : il manque de consistance.

C’est d’ailleurs là que le roman déçoit : les personnages. Ils agacent le lecteur plus qu’ils ne le séduisent, le fameux fiston Blue en tête. Adolescent rebelle, Zeke est prêt à tout pour blanchir son père, ou du tout moins, essayer de comprendre. Mais qu’est-ce qu’il est bête ! Il ne réfléchit pas, n’obéit pas, se met sciemment en danger, passe son temps à vouloir dégobiller (oh le nombre de mention de ses envies de vomir, de ses remontées de bile, m’ont fait manquer d’abandonner le livre un paquet de fois !). La scène où, enfermé dans un lieu sûr alors que le reste du quartier est envahi par les Pourris, et où il s’obstine à vouloir rejoindre l’action, pour voir un zombie de près et trouver un masque qui lui permettrait de fuir est d’un ridicule consommé. Il finit par se prendre une porte en pleine tronche, porte qu’il cherchait désespérément à ouvrir quelques secondes plus tôt et qu’il s’empresse de vouloir refermer une fois qu’elle est enfin ouverte ! Vous voulez un héros tête à claques ? Prenez Boneshaker ! La mère, Briar, est un poil plus sympathique, mais pas beaucoup plus : forcément obnubilée par la recherche de son rejeton, elle en oublie elle aussi parfois de réfléchir… La révélation finale nous fait dire : « tout ça pour ça ». Voilà la moralité du livre, c’est cadeau : parlez à vos enfants, ça vous évitera de vous faire tuer dans une ville infestée par les zombies.

Le Siècle mécanique, tome 1, Boneshaker, Cherie Priest. Le Livre de Poche, 24 août 2016. Traduit de l’anglais par Agnès Bousteau.

Lire également l’avis d’Oihana

 

Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.
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Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

2 Comments on Boneshaker : escale en territoire steampunk

  1. Hou, tu es sévère ! De mon côté, j’ai bien aimé, je crois que l’ambiance l’a emporté sur les personnages. Zed est un tête-à-claques, mais c’est un adolescent lambda (ça ne m’a donc pas choquée). En revanche, le personnage du docteur m’a laissée de marbre, trop manichéen à mon goût.

    • Emily Costecalde // 1 juillet 2017 á 18 h 27 min // Répondre

      Un peu, mais les personnages m’ont tellement énervée, j’ai vraiment failli abandonner ma lecture à plusieurs reprises…

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