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Un roman engagé : Mille femmes blanches

Mille femmes blanches, Jim Fergus, Le Cherche-midi

ROMAN HISTORIQUE — C’est l’événement de la rentrée littéraire : seize ans après la parution de Mille femmes blanches, le Cherche-midi publie la suite du roman de Jim Fergus, La Vengeance des mères. C’est l’occasion de se (re)pencher sur Mille femmes blanches, en attendant la sortie en librairie de sa suite fin septembre !

En 1874, si la guerre de Sécession est finie, les États-Unis ne connaissent pas encore la paix car les guerres indiennes font bel et bien partie du quotidien. Le gouvernement américain et les tribus indiennes sont à couteaux tirés. Aussi, lorsque le chef indien Little Wolf propose un marché complètement fou au président Grant, celui-ci commence tout d’abord par refuser : échanger mille femmes blanches contre des chevaux pour favoriser l’intégration du peuple indien, n’est-ce pas en effet impensable ? Pourtant, des femmes vont écrire à Washington pour se porter volontaire. Et pour trouver celles qui manquent, le gouvernement Grant décide de recruter dans les prisons et les asiles.

C’est dans un asile que May Dodd est recrutée pour cette entreprise à la fois folle et périlleuse. May a beau être enfermée dans une maison de fous, elle a toute sa tête ! On l’y a enfermée car elle a osé vouloir être trop libre pour son époque. Taxée d’indécence, condamnée pour ses « perversions sexuelles », May passe ses journées à fixer le mur en attendant le prochain « traitement », des soins qui ont en réalité tout de la torture, ou la visite du surveillant lubrique sensé veiller sur elle. Pour sortir de cet enfer, May est prête à tout : même à devenir une squaw !

Mille femmes blanches, Jim Fergus, Le Cherche-midi

Peut-on imaginer narrateur plus charismatique que May ? Elle nous conte ses aventures avec beaucoup de courage et d’exubérance. Jim Fergus a choisi une narration sous forme de journal intime. Ainsi, nous découvrons le nouveau quotidien de May parmi les Indiens dans les moindres détails, avec une précision presque sociologique : cuisine, vie de famille, habillement, sexualité sont ainsi évoqués au fil du récit, sans jamais que le lecteur n’ait l’impression de lire un cours magistral, dont le roman a pourtant la précision. Cette immersion dans un monde souvent méconnu est absolument passionnante : on aimerait en savoir encore plus ! À l’instar de May, le lecteur se désole donc du triste destin des Cheyennes, repoussés sans cesse plus à l’ouest par le gouvernement américain, décimés par la maladie, les soldats américains ou l’alcool. Jim Fergus consacre notamment une scène très forte à ce dernier fléau, en décrivant une soirée dantesque qui vire au chaos total, à cause de l’ivresse provoqué par la némésis de May… Il dénonce l’usage que le gouvernement fait de cette boisson pour asservir une communauté fière et puissante, et, au-delà, l’ensemble des actions loin d’être honnêtes et respectueuses mises en place par Washington à l’époque. En ligne de mire, les Black Hills, terres concédées aux Indiens jusqu’à ce que l’on se rende compte qu’elles regorgeaient d’or ! Ce n’est malheureusement qu’un exemple parmi d’autres, montrant à quel point les Amérindiens ont été spoliés…

Mille femmes blanches est un véritable ode à une civilisation rendue malheureusement moribonde par l’expansion des États-Unis : c’est avec beaucoup de respect que Jim Fergus décrit la vie au sein d’une tribu de Cheyennes. Il a su donner un véritable souffle romanesque à son récit, que l’on dévore avec passion. Un vrai grand roman !

Mille femmes blanches, Jim Fergus. Le Cherche-midi, 2000. Pocket, 2011. Traduit de l’anglais par Jean-Luc Piningre.

Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.
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Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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