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Un roman nostalgique : Le Pique-nique des orphelins

Visuel : Library of Congress

DAKOTA DU NORD — Certaines femmes ne sont pas faites pour être mère. Tel était sans doute le cas de la mère de Mary et de Karl qui, un jour de foire, abandonne ses deux enfants avec leur frère nouveau-né pour s’enfuir avec un pilote acrobate officiant dans les fêtes populaires. Nous sommes en 1932, en pleine dépression économique. Les deux enfants ont connu des années noires : après la mort de leur père, un homme qui entretenait leur mère mais qui n’était bien sûr pas son époux, la famille a tout perdu et a fini, comme tant d’autres, sur les routes. Errant de meublés en meublés, partant en catastrophe quand venait le temps de payer le loyer, le frère et la sœur se voient porter le coup de grâce quand leur mère les quitte sans un mot, sans un baiser.

A partir de ce moment-là, leurs destins divergent. Comme de nombreux hobos, vaincus par la Grande Dépression, ils sautent à bord d’un train pour rejoindre leur tante, dans le Dakota du Nord. Si Mary ira bel et bien, Karl, lui, restera à bord. Pour Mary commence alors une nouvelle vie, au sein d’une famille aimante. Aux côtés de son oncle et de sa tante, elle apprend l’art de la boucherie sous l’œil jaloux de sa cousine Sita, une véritable petite diva.

Le Pique-nique des orphelins, Louise Erdrich, Albin Michel

Les années passent : les frères et sœur Adare se retrouveront-ils ? Karl et Mary sauront-ils un jour ce qu’est devenu leur petit frère bébé, qu’un inconnu leur a arraché le jour fatidique de la disparition maternelle ? C’est un roman très nostalgique que nous livre Louise Erdrich : pratiquant avec bonheur l’exercice de l’ellipse temporelle, la romancière nous montrer l’évolution des personnages pendant des décennies. Leur destin sera majoritairement solitaire et même Sita, qui semblait pourtant promise à un avenir radieuse, ne manquera pas d’émouvoir le lecteur par les échecs répétés de sa vie. La petite ville où ils résident semble immuable, alors que passent les années.

Le roman de Louise Erdrich nous montre des héros ordinaires frappés par les mille petites tragédies du quotidien : un amour non partagé, une solitude pesante, une certaine claustrophobie qui lestent les personnages… A partir de cet abandon originel, difficile pour le lecteur de laisser ces personnages de papier seuls bien longtemps : il lui faut savoir ce qui les attend, ce qu’a prévu pour eux Louise Erdrich. De manière étonnante, Le Pique-nique des orphelins est un page-turner, mais un page-turner sans fracas, modeste, qui vous prend par surprise, sans artifices ni fanfreluches.

Publié pour la première fois en français en 1988, Le Pique-nique des orphelins n’avait alors pas rencontré son lectorat. C’est une nouvelle traduction que propose Albin Michel, qui publie depuis des années cet auteur américain et nous ne pouvons que nous réjouir de ce choix, qui nous permet de découvrir un roman extrêmement touchant.

Le Pique-nique des orphelins, Louise Erdrich. Albin Michel, 2016. Traduit de l’anglais par Isabelle Reinharez.

Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.
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Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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