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Un roman familial et surprenant : Nos années sauvages

INDIANA — C’est, disons-le tout net, un phénomène éditorial. Le nouveau roman de Karen Joy Fowler, Nos années sauvages, cumule succès critique et marchand : traduit dans pas moins de vingt-six pays, il est arrivé au printemps dernier dans nos vertes contrées, et sera bientôt adapté en mini-série par HBO, avec Natalie Portman dans le rôle principal. La venue de Karen Joy Fowler au festival America ce week-end est l’occasion rêvée de se pencher sur ce roman au succès intrigant.

Nos années sauvages est de ces romans difficiles à résumer sans vous dévoiler ce qui fait son sel, cette fameuse révélation qui survient finalement relativement tôt dans le récit mais qui fait tout l’intérêt du roman, ou presque. Nous dirons donc seulement que c’est une histoire de famille, tirée d’un fait réel. Un père, une mère, un frère et deux soeurs. L’une d’elle, Rosemary, est notre narratrice. Autrefois, c’était une enfant vivace, connue pour sa langue bien pendue, son vocabulaire particulièrement étendu et ses questions incessantes. Adulte, elle est devenu peu loquace. Entre les deux, un traumatisme, celui de la disparition de sa soeur, et du départ de son frère. Une fillette devenue subitement enfant unique.

Nos années sauvages, Karen Joy Fowler, Presses de la cité

C’est un roman très introspectif, très centré sur le noyau familial que nous livre Karen Joy Fowler : par le prisme des pensées de Rosemary, le lecteur découvre le quotidien de cette famille pas comme les autres, retrace la chronologie des événements. Le lecteur sera surpris de découvrir à quel point cette famille est spéciale. Rosemary, devenue adulte, nous dévoile petit à petit comment elle a réussi à se construire en tant qu’individu dans ce contexte si particulier ; nous découvrons aussi comment ses parents ont été influencés par cet événement survenu autrefois. Nous assistons, ni plus ni moins, à l’explosion d’une famille. Si Karen Joy Fowler fait preuve de beaucoup de doigté dans son approche psychologique lorsqu’il s’agit de bâtir ses personnages, force est de constater que Rosemary échoue à être totalement attachante aux yeux du lecteur, qui se concentre assez rapidement sur ses quelques défauts (elle est maussade, peu volontaire, se laisse facilement entraîner). Cependant, malgré cela, le lecteur suit le roman avec beaucoup de plaisir.

Au delà du plaisir de lecture, Nos années sauvages pousse le lecteur à la réflexion, notamment sur l’homme, l’animal, et les liens entre les deux. Aux côtés de Rosemary, le lecteur s’interroge : qu’est-ce qui définit notre humanité ? Qu’est-ce qui nous sépare de l’animal ? Parfois, il s’indigne, quand il découvre ce que subissent les animaux de laboratoire de la faculté de Rosemary. Souvent, il est ému par les considérations et les doutes de la narratrice. Finalement, le lecteur sort de ce roman relativement séduit, avec l’impression d’avoir beaucoup appris, sur les relations humaines, la psychologie et la famille !

Nos années sauvages, Karen Joy Fowler. Presses de la cité, 2016. Traduit de l’anglais par Karine Lalechère.

Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.
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Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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