Nouvel article !

Un roman abolitionniste : L’Oiseau du Bon Dieu

Tout le monde connaît la guerre de Sécession américaine, ne serait-ce qu’à travers le prisme des aventures de la célébrissime Scarlett O’Hara, mais peu de lecteurs connaissent le nom de John Brown, qui a pourtant contribué à sa manière au déclenchement du conflit qui verra notamment l’abolition de l’esclavage. Dans L’Oiseau du Bon Dieu, James McBride nous conte les événements qui ont fait passer John Brown à la postérité, à travers le récit d’un petit garçon noir travesti en fillette.

Henry, environ douze ans, coulait une vie aussi tranquille que possible lorsque l’on est un petit esclave dans l’Amérique de 1856. Un jour, le célèbre John Brown, abolitionniste honni au Kansas, débarque dans le saloon où Henry cire des chaussures en compagnie de son papa, barbier. En deux temps, trois mouvements, le père d’Henry est tué, et et Henry « libéré malgré lui » par cet étrange hurluberlu qui s’est mis en tête qu’Henry était une fille. Rebaptisé aussitôt « L’Échalote », Henry va passer les années suivantes à suivre John Brown, dit « Le Vieux », dans son combat contre l’oppression des Afro-Américains.

L’Oiseau du Bon Dieu commence un peu comme Django Unchained, si Django avait été un garçon malingre et son libérateur une sorte de doux dingue génial. James McBride n’a pas son pareil pour croquer les personnages : Henry, le narrateur, nous apparaît bien vite comme un garçon très pragmatique et malin, prêt à tout pour survivre. Sa gouaille façonne le style du roman, et si c’est déconcertant au début, on s’y fait très vite. Son protecteur, John Brown, est un idéaliste féru de religion, prêt à tout pour libérer son pays de l’esclavage. L’homme n’est pas toujours réaliste dans ces projets, et du haut de ses douze ans, Henry commente la moindre de ses actions avec un bon sens hilarant. Car oui, malgré la trame historique et le sujet grave, L’Oiseau du Bon Dieu est souvent drôle, nous livrant des scènes délicieusement absurdes et des dialogues savoureux.

L'Oiseau du Bon Dieu, James McBride, Gallmeister

John Brown, dit « Le Vieux »

Henry ne le sait pas, mais il est en train de vivre une page d’Histoire. Nous sommes en 1856 : dans dix ans, l’esclavage sera aboli aux Etats-Unis au terme d’une guerre qui aura déchiré Nord et Sud. John Brown, par ses agissements, ses discours, ses raids, est tout bonnement en train de préparer le terrain. Et si Henry songe bien souvent à s’enfuir, conscient qu’être à proximité du grand homme est indéniablement dangereux, il ne peut s’empêcher de rester auprès de lui jusqu’au bout, fasciné par le charisme et la conviction du Vieux. Observateur silencieux, Henry découvre le mouvement abolitionniste de l’intérieur, et rencontrera même Frederick Douglass, une des stars du mouvement. Il constatera par lui-même qu’il y a tout un monde entre les mots d’une salle remplie d’abolitionnistes survoltés et les actes de quelques hommes sur le terrain. Il raconte les virées improbables au Kansas, la faim (constatant que ce n’est qu’une fois libre qu’il connût la faim), les combats, les dissensions au sein du groupe, les prêches interminables du Vieux…

L'Oiseau du Bon Dieu, James McBride, Gallmeister

Quand au tout début du roman, le Vieux prend Henry pour une fille, l’affuble d’une robe et d’un bonnet, et commence à lui donner du « mademoiselle », Henry comprend qu’être une fille, même de couleur, a ses avantages et pourrait même bien lui sauver à la vie. La situation peut être frustrante, quand notre Henry commence à tomber amoureux et qu’il ne peut révéler son véritable sexe, mais est surtout source de scènes très drôles, comme lorsqu’Henry se retrouve malgré lui embrigadé… dans un bordel. Il devra faire preuve de beaucoup d’astuce pour ne pas éventer son secret !

James McBride nous livre un grand et beau roman, qui nous plonge dans une page méconnue de l’Histoire américaine, le raid d’Harpers Ferry. Il parvient à lui donner vie avec beaucoup de vivacité et de dynamisme. L’interminable attente, les préparatifs et enfin, les scènes de combat, sont admirablement rendues, et Henry, personnage totalement imaginaire, s’intègre parfaitement à ce canevas entièrement réel. C’est à lire !

L’Oiseau du Bon Dieu, James McBride. Gallmeister, 2015. Traduit de l’anglais par François Happe.

Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.
About Emily Costecalde (93 Articles)
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*